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Et pendant ce temps là, les Chinois travaillent

Il y a deux ans, j'eus un stagiaire. Un garçon charmant qui finissait son master 2 avant d'aller au chômage. Lors de nos séances de café, il n'échappa pas à mes séances d'épanchement atrabilaire, le pauvre, sur les sujets les plus abstrus, tels que par exemple, les travaux d'en face.

Juste au bas de mon immeuble, bien en vue de la salle de café d'ailleurs, il y avait des travaux. Ces travaux avaient commencé avant l'arrivée de mon stagiaire. Ils consistaient au réaménagement d'un passage pour piétons sur la dalle de la Défense. L'inconvénient des travaux en question, c'est que pendant qu'ils se déroulaient, les piétons ne pouvaient l'emprunter, le passage. Du coup, ils étaient obligés de faire un détour par des voies étroites et encombrées, et de surcroît, extrêmement venteuses, car situées entre deux tours très rapprochées. Sympa en hiver. En plaisantant, je dis à mon camarade qu'au rythme où avançaient les travaux, il aurait fini son stage avant que la passerelle ne soit rouverte.

En plaisantant, certes, mais c'est bien ce qui s'est passé. Ça a pris quasiment un an de refaire une pauvre dalle de trente mètres de long sur dix de large. Enfin, refaire, non, le gros œuvre est resté, ils ont juste refait les dalles, rempli les coffrages avec des blocs de polystyrène, et refait les dalles par dessus, avec une sorte de jardinet paysager. Un an ! Et pendant ce temps là, de temps en temps, on voyait un ouvrier qui passait avec sa bourette pour déposer un bloc de polystyrène. Une heure après, un autre ouvrier arrivait et déposait le bloc dans le caisson en béton. Puis en fin de journée, un autre arrivait pour reprendre le bloc qui avait été mal mis, appelait son chef, et tous deux convenaient de remettre au lendemain la délicate pose de bloc en polystyrène, après avoir bien étudié la question durant la nuit. Certains jours, on pouvait voir une agitation frénétique s'emparer du chantier, cinq, six, dix ouvriers s'affairaient. Alors on voyait passer un monsieur à cravate, sans doute un architecte, qui regardait tout ça d'un air content et s'en repartait. Aussitôt reparti, nos braves ouvriers s'en retournaient qui à leurs algécos, qui à leurs autres chantiers, laissant un ou deux comparses à l'air de Gastons Lagaffes faire semblant de travailler.

Bon, il faut que j'explicite ici le fonctionnement de la Défense. L'EPADESA, établissement public gérant le site, se finance en vendant à des promoteurs des droits à bâtir. C'est un mode de fonctionnement à la française, c'est à dire complètement débile, car on finance des dépenses de fonctionnement constantes par des recettes éphémères, mais ce n'est pas ça qui nous importe ici. En contrepartie de ces droits à bâtir, l'EPADESA assure la desserte des immeubles. Du coup, construire ces dessertes, c'est une obligation contractuelle pour l'EPADESA, ça coûte mais ça ne rapporte rien. D'où, sans doute, le peu d'empressement à réaliser ces travaux, par définition, non-rentables pour ceux qui les commanditent. En attendant, des centaines de personnes se sont battues tous les matins contre une soufflerie.

Mais des fois, les travaux vont plus vite. Par exemple lundi, on a vu débarquer de bon matin sur la dalle une armée de camionnettes aux armes de JC Decaux, le célèbre mécène vespasien. Leur but ? Attendez, je vous la fais marketing.

Donc, tous les matins, à la Défense, débarquent une grande quantité - plusieurs dizaines de milliers - de salariés des grandes entreprises d'Île-de-France, appartenant préférentiellement aux catégories CSP+ à CSP++. De par la nature piétonnière du site, lesdits salariés empruntent chaque matin des itinéraires pédestres bien définis. Il s'agit là d'une opportunité unique d'exploiter une ressource sous-exploitée, en effet, l'esplanade Charles-de-Gaulle est sous-équipée en infrastructures publicitaires, d'où une audience vaste et intéressante, scandaleusement non-exposée à message. Moyennant on s'en doute un contrat juteux pour l'EPADESA, la société Decaux a donc installé des panneaux publicitaires à écrans LCD.

Plein.

Littéralement DES TONNES ! En deux formats : grand et très grand. Il y en a PARTOUT ! Au milieu de la dalle, sur les côtés, impossible d'y échapper. En hauteur, en plus.


Un des trucs

Les mecs sont arrivés lundi matin. Hier soir, la moitié fonctionnaient déjà, certes en affichant un économiseur d'écran, mais nul doute que très bientôt, nous aurons la joie de voir des publicités pour Jonger Lecloutre, GAP et autres magasins de fringues en plastique des 4 Temps.

C'est stupéfiant la vitesse à laquelle ces machins ont poussé. Des sections entières de la Défense sont réduites à l'état de désert urbain post-apocalyptique, déjà envahis par les herbes, sans que personne ne s'en émeuve, mais quand il s'agit de nous fourrer des pubs de merde dans le crâne pendant nos rares moments de cerveau disponible, ça, les travaux avancent plus vite que le métro de Shanghai, preuve que quand on veut, la France est encore capable de relever des défis.

Quel pays merveilleux que le notre.
Tags: bfg-9000
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