aspexplorer (aspexplorer) wrote,
aspexplorer
aspexplorer

Trollercoaster

Dimanche, j'ai été au parc Astérix. Le parc Astérix est plus petit que Disneyland Paris. Mais il est plus grand que le casque de mon neveu. Le parc Astérix est connu pour ses montagnes russes telles que :


le Nope


le NOPE


le FUCK YOU AND FUCK YOUR FUCKING FUCK I'M OUT OF YOUR SHIT

C'est alors que je grimpais une crémaillère clic-claquante m'amenant vers une mort certaine que me vint soudain une considération à caractère historique qui me plongea dans des abîmes de réflexion aussi profonds que brefs (avant que je ne plongeasse à les abîmes tout court de Goudurix)

En effet, le parc est principalement basé sur l'univers d'Astérix, le fameux guerrier à la potion magique. De ce fait, il évoque abondamment l'époque figurée dans les albums originels, à savoir la Gaule du premier siècle avant J.C., juste après la conquête romaine. Nous connaissons tous Astérix et ses aventures, il s'agit d'un héros comique, picaresque, évoluant dans une antiquité de fantaisie et truffée d'anachronismes. Cependant, les Gaulois de l'époque avaient une vision bien différente des événements. Rappelons que le village irréductible et son druide à potion n'ont jamais existé, et que toute la Gaule a été conquise. Toute ? Oui, toute. Et pas seulement conquise, mais encore réduite en servitude et mise en coupe réglée par l'envahisseur. Usant des luttes intestines entre clans rivaux, les latins, très inférieurs en nombre, ont soumis tout le pays en une suite de sanglantes campagnes. On parle d'un million de Gaulois tués, et d'un autre million réduits en esclavages. Qui parle ainsi ? César lui-même ! Ces chiffres représentent la moitié de la population estimée du pays, ce qui, sur la liste des plus grands génocidaires de l'histoire, placerait le vieux Jules largement devant Pol Pot.

Alors certes, la vérité est sans doute bien inférieure à ces chiffres énormes, les auteurs antiques ayant une conception bien élastique de ce que pouvait être un "million" quand ils parlaient d'hommes. Il n'en reste pas moins que les Romains étaient parfaitement capables de liquider des peuples entiers, tels que les Daces, dont les Roumains actuels, malgré leurs revendications, ne descendent pas du tout, vu que les Daces furent exterminés.

Tout ça pour dire que le regard que l'on porte sur l'histoire se distancie irrésistiblement à mesure que l'on s'éloigne dans le temps, que les témoins disparaissent, que les enfants et petits-enfants de ces témoins les suivent dans la tombe, et que bientôt, le monde entier dans lequel ces événements ont eu lieu rejoint les époques mythiques et légendaires. Vingt et un siècles après la guerre des Gaules, il est devenu bien difficile de s'indigner légitimement du le sort de nos lointains ancêtres, de pleurer des aïeux dont nous ignorons les noms, les croyances et les modes de vie, d'en vouloir le moins du monde à des Italiens dont du reste, nous descendons tout autant que des Celtes qu'ils ont occis. Que sont pour nous les noms de Toutatis, Bélénos et Bélisama, si ce n'est des sujets de plaisanterie ? Ils étaient craints et révérés, pourtant, par ces peuples dont nous ne savons rien, mais dont nous aimons à croire qu'ils étaient moustachus, paillards et soucieux de changement climatique.

Tout ça pour dire que donc, là-haut, cramponné à la barre de sécurité de mon wagonnet tel une moule à son bouchot, je me fis la réflexion qu'un jour, ce serait notre époque qui ferait peut-être l'objet d'un parc d'attraction. Que restera-t-il alors des passions de notre temps ? Imaginez donc, dans trois ou quatre siècles, un resort géant "Le monde du XXe siècle". On y aurait reconstitué en plâtre polyextrudé peint à l'acrylique la Butte Montmartre de la Belle Époque, où l'on pourrait croiser un animatronic de Toulouse-Lautrec peignant Manda et Leca se battant sur les fortifs pour Boucle d'Or, Mondo Hollywood où on saluerait des Marilyns, des Bogart, des Hitchcock, et même, ironie, des Schwartzeneggers robotiques. Vietnam world, avec son ride scénarisé en pseudo-hélicoptère au-dessus des rizières pleines de GI's tombant dans l'eau, les bras en croix, dix-huit fois par heure. Sovietland, avec les momies de Staline et Lénine qui se relèvent pour saluer chaque petit train de touristes béats devant les réalisations du VIe plan quinquennal. Tout ça nous conduirait logiquement à Spaceland, avec une évocation rétrofuturiste des premiers âges de la conquête spatiale, quand les hommes mettaient une semaine pour aller jusqu'à la Lune dans une cabine téléphonique en papier alu sans même un bouclier anti-radiation. Pour ça il suffira de ressortir les plans de Space Mountain.

Bien sûr, le clou du spectacle, le "Fantasy World" du parc, ce serait le monde de la seconde guerre mondiale, événement le plus marquant du siècle, qui vit tant de héros mythiques, tant d'actes de bravoure, tant de réalisations spectaculaires. Et là, je me demande, mais dans combien de siècles verra-t-on le Holocoaster ?

Non mais ne rigolez pas bêtement, je suis sérieux. Aujourd'hui, c'est parfaitement inenvisageable, mais ce n'est qu'une question de temps pour que ça devienne une option tout à fait raisonnable pour un parc d'amusement. Imaginez, après une longue file d'attente dans un décor évoquant les ruines de quelque ghetto polonais, à écouter des marches nazies, vous êtes accueilli dans une sorte de gare de Lodz par un personnel en uniforme SS vous invitant poliment (invraisemblance, certes, mais ce sont des visiteurs payants quand même) à prendre place dans les wagons numérotés en chiffres gothiques. On rabat sur vous la barre de sécurité, et vous voici catapulté à travers la porte reconstituée d'Auschwitz. Vous passez à toute vitesse dans un dédale de miradors et de baraquements, sous les faisceaux des projecteurs, tandis que les hauts-parleurs diffusent des aboiements de bergers allemands. Le train virevolte, cercle autour des cheminées, puis entame une montée en ralentissant. Autour de vous, des mannequins décharnés en pyjama rayé agitent leurs mains grises derrière les barbelés. Clac clac clac clac clac, fait la crémaillère. Vous voici au sommet, vous passez sous la pancarte "Arbeit macht frei", puis le train s'incline, et vous voici parti pour la descente infernale en inversion jusqu'à la porte du crématoire (juste avant laquelle crépitent un flash). Un dernier virage serré, et vous voici de retour à la gare. Vous descendez du manège aux cris de "Raus, schnell", prenez l'Ausgang, et sortez du manège pour aller prendre votre photo à la boutique où, si vous le souhaitez, vous pouvez acheter un pyjama pour votre gamin, un pins étoile jaune, une badine de SS en mousse, ou tout autre article du même genre.

C'est juste une question de temps avant qu'un gamin sortant du Holocoaster ne demande :
" Papa, on va faire le onze septembre ?
- Non, y'a trop la queue. On va plutôt couper des têtes à Daesch, d'accord ? "



\m/ +.+ \m/
Tags: belles histoires
Subscribe
  • Post a new comment

    Error

    default userpic

    Your IP address will be recorded 

    When you submit the form an invisible reCAPTCHA check will be performed.
    You must follow the Privacy Policy and Google Terms of use.
  • 9 comments