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#heisenberg

" ... par six buts à zéro.
- Merci, Jean-Pignon. Ah, sacrés Al Qaeda, ils nous feront toujours rire. Et maintenant notre dossier : un an après, que sont devenus les découvreurs du boson de Higgs ? Jean-Civelle Divisible les a retrouvés pour nous.
- Eh oui, Jean-Octobasse, nous avons tous en tête les images de liesse ayant accompagné l'annonce de la découverte du fameux boson, la particule de Dieu, découverte qui a confirmé la validité du modèle standard de la physique des particules. Mais maintenant que le champagne a été cuvé, que les call-girls sont retournées s'accrocher aux zincs des hôtels de luxe et qu'on a balayé les confettis sur le macadam de la 5e avenue, c'est le temps de la gueule de bois pour beaucoup de héros de cette épopée scientifique à nulle autre pareille. Tel est le cas du docteur Jean-Marqueur Petipry, ancien enseignant-chercheur à l'IFR UB-V66.04 TDN 705 alinéa 14 modifié b de physique subatomique de l'Université Jean-Pierre et Jean-Marie Jean-Curie de Groneble. Alors Jean-Marqueur, racontenz-nous votre descente aux enfers.
- Oh ben au début, tout allait bien. On était dans l'euphorie, comme si on avait gagné la Coupe du Monde, on se pavanait dans les couloirs du CERN, on mettait des mains aux fesses des secrétaires, on faisait des selfailles devant les détecteurs, on a redécoré la camionnette de la cantine avec du PQ et on a fait le tour de Genève à 2h du mat en klaxonant, on était oufs !


#SWAG

- Et puis ça a été l'emballement médiatique.
- Oui, les réceptions, les médailles, les interviews, les plateaux télé... J'ai fait Oprah Winfrey, Jimmy Fallon, Conan O'Brien, Cyril Hannouna, tous les plus grands. Evidemment après ça, à chaque fois, il y avait un pot avec la production, les ambassadeurs, les ministres... Ça finissait rarement avant l'aube. Et puis, on rentrait en boîte partout, c'était le délire. Vous imaginez, un petit binoclard comme moi, j'étais reçu comme un pape dans les night clubs les plus selects ! Tous les soirs je rencontrais les stars et les starlettes. Vous ne savez pas ce que c'est que le bonheur académique tant que vous n'avez pas vu les grands yeux de biche de Charlize Theron s'ouvrir d'émerveillement quand vous lui expliquez la théorie des cordes et les graphes de Feynman. Je l'ai baisée vous savez ?
- Mais alors, c'était la belle vie ?
- Carrément. Je pourrais vous en raconter sur Selena Gomez et Justin Bieber, vous seriez étonné. Mais tout a une fin.
- Oui, racontez-nous. A partir de quand est-ce que ça a dérapé ?
- Un jour, je me suis réveillé sans aucun souvenir de ma nuit. J'étais sur le yacht de Bernard Tapie, à poil sur la moquette angora, avec Miley Cyrus, Lindsay Lohan et Gégé Depardieu, tous les trois dans la même tenue (pour être totalement honnête, Miley portait un bonnet en laine). Il y avait aussi un orang-outang déguisé en Spirou qui nous jetait un regard consterné. Sur le coup, j'étais incapable de savoir si c'était vrai ou si je délirais sous l'effet de la drogue (en l'occurrence c'était vrai, Lindsay a posté ça sur son Instagram). Là, j'ai compris que j'avais perdu le contrôle de ma vie. C'est vrai, ça faisait trois mois que j'avais pas mis les pieds au labo, je ne checkais même plus les mails du boulot. J'avais oublié qu'on était la saison des examens, complètement à l'ouest le gars.


#YOLO

- Donc, une prise de conscience.
- Oui, c'est ça. Mais vous savez, entre la prise de conscience et le fait de se décider à agir, il y a une grosse différence. Quand vous êtes dans le bain, vous vous dites que ça va continuer comme ça éternellement, vous suivez la pente. J'étais devenu accro au strass, aux flashes des paparazzi, aux limousines, et à la coke aussi, bien sûr. J'ai essayé le peyotl, les champignons, le crack, le speed, le LSD, toutes ces saloperies. Mais ce qui m'a vraiment détruit, c'est l'alcool.
- Comme tant d'autres. Vous ne buviez pas avant ?
- Comme tout le monde, une bière les soirs de foot, un apéro avec les collègues après le bureau le jeudi soir, un pot de départ un peu arrosé de temps en temps, rien d'alarmant. Mais là, avec ces tentations toujours présentes, toujours offertes à portée de main, ce mode de vie de dingue, j'ai basculé.
- La pente fatale.
- Carrément. Et puis sans frein, et en pédalant même ! Je me suis mis mal, j'ai quand même fait deux comas éthyliques.
- Comment vous en êtes-vous sorti au final ?
- J'étais à L.A., dans un bar, je sais plus comment j'avais atterri là. J'essayais de finir une tequila. Là j'entends un mec à côté qui me dit genre " tu devrais arrêter petit, tu vas te tuer ". Je me retourne, c'était Lemmy Kilmister. Le putain de Lemmy trouvait que je buvais trop ! Là, j'ai compris que j'étais au bout du chemin, pas loin d'y passer. J'ai pris un taxi, j'ai filé au Betty Fort Center et j'ai commencé ma cure. Et j'ai pas bu une goutte depuis ce jour !


#SELFIE

- Le début d'une renaissance, donc.
- Le début, oui. Evidemment, ils ne voulaient plus de moi à l'université, au CERN ou ailleurs, je les comprends, alors, avec deux copains de galère, on a décidé de monter notre propre cyclotron. Bien sûr, c'est pas le LHC, hein, c'est une petite installation faite de bouts de ficelle, de matos de récup, mais ce qu'on veut faire, c'est de la science sincère, de la science brute, de la science pour nos fans, retrouver l'authenticité, le sens des choses. Comme disait Max Planck " Mutti ich höre den Wagen ".
- Tous n'ont pas eu la force de remonter la pente, je crois ?
- Vous pensez à Jean-Yasujiro Watanabe ? Pauvre gars, c'est vrai, que gâchis. Si jeune, 26 ans...
- Il a trouvé la mort dans des circonstances troubles, n'est-ce pas ?
- Non, y'a rien de trouble. Je sais ce qu'on dit, mais la vérité, c'est qu'il s'est suicidé. Il a mis la tête dans le faisceau de son sychrotron, il a mis le contact, 6GeV dans le cervelet, il savait qu'il n'aurait pas le temps de souffrir. Mais on ne peut pas juger, on n'était pas à sa place, on ne sait pas ce qu'il a traversé. Il repose en paix maintenant.
- Merci, Jean-Marqueur, pour cet émouvant témoignage, et pour ces mots d'espoir, tout de même. Eh oui, Jean-Octobasse, enivrés dans les poussière d'étoile, ils se sont brûlé les ailes, et dans la cité des anges, sous les sunlights trompeurs des paradis artificiels, ceux que l'on surnommait "les bosoneux" ont eu chacun leur combat à livrer, leur démon à vaincre. A vous Jean-Octobasse.
- Merci, Jean-Civelle. Sans transition, changement climatique. Hier dimanche il a fait 14° à Rouen, 17 à Dunkerque, 7 à Aurillac et 21 à Toulouse, petits rapports donc, pour 5 euros vous avez remporté 24,60€ placé et 326€ gagnant. "


#PAULI
Tags: textes divers
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