aspexplorer (aspexplorer) wrote,
aspexplorer
aspexplorer

Eléments de langage

La crise que nous vivons actuellement est plus qu'une crise politique, c'est avant tout une crise de régime, une crise institutionnelle. Le peuple réclame un changement profond et ce changement ne peut que se transcrire dans la Loi Fondamentale par un acte fort : l'instauration de la VIe République !

Vous avez déjà entendu ça ? C'est normal, ce sont les éléments de langage à la mode, à droite et à gauche. Mais si le marbre fraîchement taillé de la VIe a fière allure, bien qu'autour de lui déjà s'agitent les mouches éditoriales de plumitifs nigauds, qu'est-ce qu'il y a dessous si on creuse ? Eh bien, comme vous vous en doutez, il y a dessous de la merde, messieurs.

Car si le nébuleux projet de la VIe est rarement explicité dans son entièreté, tout aussi rarement que l'était la défunte et ressuscitée Constitution Européenne, on a déjà en main quelques idées-forces sur lesquelles tout le monde s'accorde. La plus importante étant bien sûr, ça va de soi, c'est si évident, y'a pas à tortiller, c'est pourtant logique, le ré-équilibrage institutionnel. Qu'est-ce que c'est ? Eh bien, ça consiste à diminuer le pouvoir du Président de la République au bénéfice du Parlement, voilà. C'est ainsi qu'on améliorerait la qualité de notre démocratie démocratique qui fait l'envie du monde.

Et là, on arrive au point un peu plus ardu à expliquer. Parce que bon, en France, le Président de la République, c'est vrai qu'il a beaucoup de pouvoirs, grâce à la constitution de la Ve République. Mais beaucoup de gens ont du mal à comprendre en quoi c'est mauvais pour la démocratie. C'est pourtant simple : c'est mauvais parce que tous nos voisins font autrement. Ils ne peuvent pas tous avoir tort non ?

Donc, nous devrions adopter leur système parlementaire, avec un Premier Ministre responsable devant le Parlement (ou un Scribe Echevin, ou un Chancelier, peu importe comment on l'appelle). Et le Président, eh bien, il n'aurait plus qu'un rôle symbolique. Il suffit pour cela de lui ôter son principal pouvoir, celui de la dissolution de l'Assemblée. Et pour plus de sûreté, il serait sans doute préférable de lui ôter aussi la source de sa légitimité, à savoir son élection au suffrage universel. Parce que, élu directement par les Français, il jouit d'une légitimité égale à celle du Parlement, donc de toute évidence, on ne comprendrait pas pourquoi il devrait être soumis à ce dernier. N'est-ce pas logique ? C'est ainsi que fonctionnent nos voisins, et toutes les grandes démocraties du monde.

A part les USA, mais c'est spécial, eux c'est un vrai pays.

Voilà, c'est ça la VIe République. Fondamentalement, c'est un retour à la IVe, ou à la IIIe, des constitutions ayant amplement prouvé leur efficacité en cas de crise.

Alors là, je vais me faire un peu l'avocat du diable, afin de mieux cerner les arguments que certains esprits forts pourraient soulever. En premier lieu, d'aucuns pourraient arguer qu'ôter au peuple le droit d'élire directement son chef n'est pas immédiatement identifié dans l'opinion à une avancée démocratique.

Un second argument, plus complexe, serait que peut-être, la crise que nous vivons ne serait PAS une crise institutionnelle, que la Constitution ne serait pas la cause de nos difficultés actuelles, qui seraient plutôt la conséquence d'une médiocrité chronique de notre personnel politique, tant au point de vue du caractère que de la compétence, pour ne pas parler de la morale. Et que de par le fait, supprimer le dernier reliquat évoquant l'idée naturelle de démocratie n'aurait aucun effet bénéfique sur le fonctionnement du pays. Au contraire, on pourrait même imaginer que de réserver tous les pouvoirs à une caste d'intermédiaires professionnels serait un bon moyen de ne jamais arriver à se débarrasser de ces parasites bouffis et décadents.

Il me semble approprié de répondre à ces deux arguments par le fait qu'ils sont issus de petits-blancs aigris, ignorants et édentés, probablement lepénistes, dont la zemmourisation avancée n'est que l'expression d'un alcoolisme teinté d'extrême-droite fascisante dont le ventre fécond est issu la bête immonde.

Au pire, on pourra leur arranger une amusette ou deux, du genre droit de pétition - bien encadré par le Parlement, évidemment - de manière à les convaincre que nous sommes dans une de ces démocraties où le peuple a du pouvoir.
Tags: constitution
Subscribe
  • Post a new comment

    Error

    default userpic

    Your IP address will be recorded 

    When you submit the form an invisible reCAPTCHA check will be performed.
    You must follow the Privacy Policy and Google Terms of use.
  • 11 comments