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Au sujet de l'art comptant pour rien

J'ai réfléchi à des trucs avec les boyaux de ma tête, alors je vous le livre en vrac là, comme ça. J'étais peinard chez moi en train de me préparer pour aller bosser quand par association d'idées fumeuses, j'ai découvert quelle était la différence fondamentale entre l'art contemporain et l'art normal.


Vanité vaniteuse
(l’œuvre ne l'étant pas moins)

Une œuvre d'art, c'est quelque chose qui est porteur d'un message. Il y a un ou plusieurs artistes qui avaient un message à faire passer et qui on créé une œuvre d'art pour ça. Quand Michel-Ange fut mandé par les Medicis pour illustrer la force de Florence se dressant face aux puissances de l'époque, il créa son David, un jeune homme s'apprêtant à affronter un adversaire bien plus impressionnant que lui, et à en triompher par l'habileté, le courage et la résolution. L'intention de Picasso est explicite quand il peignait Guernica. La littérature l'est souvent bien plus encore. On ne crée pas une œuvre d'art par hasard. Ce message est parfois pluriel, il y a souvent plusieurs niveaux de lecture, dont certains sont bien cachés, compris de quelques initiés seulement. Mais tous ces sens sont réputés connus et assumés par l'auteur.


Fulgurant flanger III

Une œuvre d'art contemporain émet, elle aussi, un message en provenance de son auteur. Les thématiques abordées tournent généralement autour de l'incommunicabilité entre les êtres, l'inhumanité d'une civilisation mécanisée, l'acceptation de l'altérité, la critique du consumérisme capitaliste, l'écologie, toutes ces sortes de fadaises qui ne mangent pas de pain. Ça parle aussi souvent d'art, car l'art contemporain aime bien se masturber. Ce sont les messages explicites, assumés par l'artiste. Si l'on s'en tient là, on a du mal à comprendre la logique intellectuelle qui se cache derrière le mécénat des grands patrons, des grandes entreprises, des corps de l’État, lesquels sont la cible privilégiée de ces artistes. Quelle étrange idée que de financer une propagande qui vous est hostile ?


"Cochon de capitaliste"
(Musée Arnault, 620 000 $)

C'est que le message explicite de l’œuvre, tout le monde s'en fout. D'une part, comme je le signalais, il est usuellement banal, très général et sans portée, et d'autre part, l'art contemporain est toujours plus ou moins cryptique, de sorte que le grand public, peu au fait de son langage, de son histoire, des ses codes, n'y comprend rien et n'y prête plus aucune attention. Ainsi donc, les intentions de l'auteur, toutes révolutionnaires qu'elles puissent être (et dans la mesure où les artistes contemporains sont le plus souvent eux-mêmes des enfants de grands bourgeois), sont neutralisées dans l’œuf par la vanité du propos, son éloignement du quotidien et l'indifférence publique qui entoure ces formes d'expression.


"La guerre c'est pas bien et la violence ça fait mal"
Kalachnikov sur bois, 2004

En revanche, il y a aussi un message implicite, qui lui, est parfaitement compris. Ce message, ce n'est pas l'artiste qui l'émet, c'est le client, le commanditaire, celui qui paye. Exposer au public une œuvre absconse, repoussante et transgressant les règles ordinaires du bon goût est un acte d'autorité, une expression de pouvoir. La volonté d'un seul s'impose sur celle de mille si celui-là est puissant, voici ce que crient ces ignominies qui encombrent les lieux les plus sacrés de notre patrimoine national.


Autoconsternation aux rouflaquettes

Mais il y a mieux encore. Car ce n'est pas tout d'être béat de stupéfaction, d'incrédulité, de consternation devant ces totems bouffis et ces baudruches bariolées qu'on nous inflige à tous les coins de rue sous prétexte de culture, il faut encore que nous ayons honte de notre réaction, pourtant saine. Oui, ça doit nous faire honte de ne pas adhérer à cette mascarade, tandis qu'un ci-devant Zélite jauge d'un œil humide d'émotion feinte un bloc de béton vert moucheté de pois roses. Lui, il comprend. Lui il saisit. Pourquoi cela ne me touche-t-il pas ? Pourquoi lui et pas moi ? Sans doute parce que lui, touché par une grâce divine, est plus intelligent, plus instruit, plus cultivé que moi, pauvre prolétaire tout juste digne de lui curer ses toilettes. En somme, l'art contemporain vise à convaincre les masses qu'elles sont intellectuellement inférieures, et que donc, les inégalités sociales sont légitimes. S'ils sont plus riches que moi, ont un métier intéressant, une meilleure vie, des vacances dans les îles, et s'ils transmettront ces richesses à leurs enfants tandis que les miens n'auront droit, au mieux, qu'à des emplois subalternes et précaires, c'est parce qu'ils sont intrinsèquement plus intelligents que moi, voilà le message que nous martèlent ces idoles.

Il y a peu de moyens, à mon sens, de nier plus brutalement la notion même de démocratie.



Un peu d'art populaire maintenant, cet art qui ne reçoit pas de subvention du Ministère du Contrôle Culturel de la Population, avec cette virgule métalleuse pour vous signaler qu'il y a une interview de Skàlmöld dans le Rock Hard de ce mois (ainsi qu'une chansonnette dans le CD).

Skàlmöld, c'est le groupe que j'avais vu en avant-première-partie d'Eluveitie l'autre fois, et qui m'avait bien scotché. Pour le plaisir des oreilles, voici leur "Master of Puppets" : Kvadning.

Tags: art
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