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TL;DR

Je m'en vais vous narrer ce matin une merveilleuse histoire de conte de fée, l'histoire de notre monde moderne depuis les années 80. C'est une histoire pleine de bruit et de fureur, une histoire un peu particulière parce qu'elle est inventée de toute pièce. Je le précise, il n'y a PAS UN MOT de vrai dans ce que vous allez lire là-dessous. C'est un TISSUS D’ÂNERIES, vous êtes prévenus.

Oui parce que la vraie histoire, c'est que Ronald Reagan, Margaret Thatcher et Jean-Paul II ont été très fermes avec l'URSS, et qu'elle s'est effondrée toute seule sous l'effet de ses propres contradictions internes et de l'aspiration humaine fondamentale à la liberté et au hamburger.

Bon, alors la fausse histoire commence dans les années 70. Après trente ans de croissance conclue par le triomphe d'Apollo, l'Amérique a la gueule de bois. La croissance s'effondre, le chômage reparaît, l'inflation entraîne la chute des investissements, le dollar s'effondre, et au loin, les GI's s'embourbent dans une guerre douteuse et ruineuse contre le Vietnam. Mais cette guerre n'est qu'une facette d'un conflit plus large, la guerre froide, que les USA sont en train de perdre. Les Soviétiques, en effet, n'ont que faire constellations de satellites et des porte-avions nucléaires, ils gagnent la guerre sur le terrain, pays après pays, village après village, la kalachnikov à la main. Ils gagnent la guerre des idées, et tout territoire conquis l'est définitivement : aucun pays tombé dans leur orbite ne l'a jamais quittée. Avec des moyens bien inférieurs, les communistes les tiennent en échec, et avancent.

Lorsque Saïgon tombe, que Nixon est renversé et que les émeutes raciales secouent les ghettos noirs, l'évidence est là : il faut réagir, ou apprendre vite le russe. Mais que faire ? Les stratèges du Pentagone sont paralysés, la dissuasion nucléaire empêche l'écrasante supériorité militaire américaine de jouer. Alors, ils font un truc inédit, un truc fou, un truc désespéré : ils demandent à des universitaires s'ils n'auraient pas des idées.

Et ils en trouvent un qui en a une.

L'analayse est la suivante : au cours des siècles, l'humanité a connu de nombreux empires. C'est une structure politique qui s'avère assez stable, certains empires ont survécu des siècles. Les USA sont un empire. L'URSS est un empire. Mais, et c'est là le point central de l'analyse, l'URSS est un empire qui marche mal.

Dans un empire normal, il y a un noyau et des satellites. Le noyau est une entité politique centrale qui détient le pouvoir politique et fournit la force militaire. Cette force militaire assure défense des frontières de l'empire contre les ennemis, et donc, protège non seulement l'entité centrale, mais aussi les satellites. En contrepartie de cette protection, les satellites fournissent à l'entité centrale ce dont elle a besoin pour poursuivre l'effort militaire : argent, nourriture, matières première, armes, soldats.

C'est ainsi que fonctionnait l'empire Romain, l'empire Athénien, et bien sûr, les USA. Mais l'URSS ne fonctionnait pas ainsi. Le noyau était formé de la Russie, avec un premier rideau de satellites formant les républiques sœurs de l'URSS, un second constitué des vassaux européens du Pacte de Varsovie, et un troisième constitué des divers pays du tiers-monde convertis à la cause du marxisme-léninisme. Sauf que tous ces pays sont pauvres. Apparemment, l'économie planifiée, si elle avait donné des résultats inespérés dans le cas d'une Russie sortant du moyen-âge et accoutumée à un pouvoir autoritaire, n'était pas transposable partout. En outre, les satellites de la Russie ne disposaient ni de son immense territoire, ni de ses inépuisables richesses minérales. Du coup, non seulement les satellites contribuaient peu à l'empire, mais pire : c'est la Russie qui s'épuisait à tenir ses vassaux à bout de bras. L'exemple de Cuba était caricatural, l'économie de l'île - un excellent porte-avions en face de Miami - ne valait plus rien sans la perfusion constante. Tout ça coûtait vraiment très cher à la Russie, qui n'avait pas la structure économique et financière des USA pour asseoir ces dépenses.

Et s'il était possible de tarir les revenus de la Russie ?

Bon, il vient d'où l'argent ? Sûrement pas des ventes de Lada et de caviar. Il vient des matières premières et surtout du pétrole. Bon, on ne peut pas empêcher la Russie de vendre son pétrole. Et on ne peut pas faire baisser le prix du pétrole, parce que c'est l'OPEP qui tient le robinet, et on ne peut pas se pointer à Riyad et juste demander au roi du coin de faire pisser les puits rien que parce que ça nous arrange.

On peut pas ?

Chiche, on essaie... Ça tombait bien, il y avait ce gusse qui avait des contacts dans le golfe, un affairiste texan qui était devenu patron de la CIA, un monsieur Bush. Alors voilà, on va faire un deal, vous nous baissez le prix du pétrole, et puis en contrepartie, ben, je sais pas, quelque chose qui vous ferait plaisir ?

Alors voilà, mystérieusement, après les chocs pétroliers, le prix du pétrole a baissé. Assez pour que le pétrole Russe, difficile à extraire et de moins bonne qualité, ne soit plus rentable. Assez longtemps pour bouffer les réserves financières de l'empire rouge. Assez longtemps pour qu'il soit obligé d'arrêter son programme de navettes spatiales, qu'il abandonne ses porte-avions pas finis en cale sèche, que la population soit pressurée jusqu'à considérer avec envie le mode de vie occidental percolant au travers du rideau de fer. Et puis, il y a eu l'Afghanistan. Les Russes ont eu, eux aussi, une guerre ruineuse en terre hostile. Et une autre guerre ruineuse, à Tchernobyl, que personne n'attendait.

Et puis ça s'est effondré tout seul en quelques mois, à la surprise même des Américains.

Ouais ! Cool ! On a gagné, la liberté, tout ça... Bon, ils voulaient quoi, les bronzés, des fois ? Ah oui, qu'on les débarrasse de quelques mecs qui les emmerdent. OK, faites chauffer les réacteurs, on y va !

C'est qui, les mecs qui les emmerdent ? Eh bien, il faut savoir que l'Arabie Saoudite, c'est une théocratie. Leur ennemi, ce n'est pas l'Occident sécularisé, qui est loin, ni Israël, qui est plus un ennemi "rhétorique". Leur ennemi, c'est une autre conception de la société Arabe, laïque, socialisante, issue de la décolonisation. Certes, il ne s'agit pas forcément de parfaits démocrates, ce sont pour la plupart des officiers putschistes assez autoritaires, mais ce sont au moins des progressistes, attachés à développer l'économie et la société de leurs pays : Saddam Hussein, Kadhafi, Ben Ali, Hafez el-Assad, Moubarak... Bush, devenu Président, va régler personnellement son cas à Saddam, que son fils finira quelques années plus tard. Tous les autres vont tomber, l'un après l'autre. Aujourd'hui, on arrive un peu aux limites du système : en voulant dézinguer Bachar, on a créé un Etat Islamique parfaitement incontrôlable, même par ses commanditaires du Golfe.

Est-ce que les Américains en profiteront pour remettre en question leurs alliances avec ces satrapes moyenâgeux, au détriments de ceux qui auraient pu donner naissance à de réelles démocraties Arabes ? C'est peu probable si l'on se souvient qu'en 2001, les "alliés" de l'Amérique avaient déjà attaqué les USA sur leur propre sol, sans provoquer plus de remise en cause que ça.

Maintenant, bon, je vous rappelle, tout ça c'est des conneries hein ! Vous imaginez si on vivait dans un monde où on nous dirait tous les quatre matins que l'Arabie Saoudite n'a rien à voir avec le terrorisme, que le Qatar rachète la France par pure bonté d'âme, et que Saddam Hussein tuait des bébés pour voler leurs couveuses ?
Tags: belles histoires
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