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En voilà une idée de business !


" ...obscènes et blasphématoires aux murs d'obsidienne déliquescente suintant d'excréments fumants et de larves de créatures innommables. Jean-Pucier Bernache en direct de l'Université d'Eté du PS.
- Merci Jean-Pucier. Economie maintenant, l'économie Française qui va mal, la grisaille, la sinistrose, le déclinisme qui gagne du terrain, et tout cas à en croire une certaine presse. Et pourtant, il y a encore des entreprises qui innovent, qui embauchent, qui créent parfois même de nouvelles activités inconnues jusqu'alors, et que les Américains nous copient. C'est le cas de la Coflexo, qu'a visité Jean-Global Carpentier notre reporter.
- Oui Jean-Peigne, ici à Bourdun, sous-préfecture de l'Indre-et-Cher, une petite PME familiale est devenue en quelques années une solide entreprise, pilier économique de la région, et tout cela sans délocalisation, sans optimisation fiscale, sans subvention publique, juste par ses propres moyens, en comptant sur le travail des employés Français. Jean-Jean Jeanjean, le PDG, est de cette race d'entrepreneurs, de capitaines d'industrie qui malgré les mauvais esprits, s'acharnent à créer aujourd'hui la France de demain. Alors Jean-Jean, merci de nous recevoir dans la cour de votre usine, et tout d'abord, permettez moi de vous féliciter pour votre réussite, le fruit d'un travail acharné sans doute.
- Acharné, en effet, mais pas seulement le mien, c'est aussi le travail de toutes les femmes et de tous les hommes de la Coflexo, qui sont la principale richesse de notre entreprise.
- Pour donner la mesure de cette réussite, combien sont-ils précisément, vos employés ?
- Eh bien ici, sur le site de Bourdun, qui reste la maison mère en quelque sorte, nous avons huit cent vingt employés dans les ateliers, au call-center, au pôle commercial et marketing, et dans l'administratif.
- Fantastique !
- Mais nous avons ouvert un nouveau centre de production l'an dernier à la Fayroulette, près d'Aix-en-Provence, qui emploie une soixantaine de personnes, notre technocentre est pour sa part situé à Le Kerbiheim, dans le Rhin Atlantique, avec cent quarante ingénieurs environ, et bien sûr, nos centre de service à Paris, Bordeaux, Marseille, Montpellier, Saint-Etienne, Lille et Nantes, totalisant environ deux cent agents. Au total, la Coflexo emploie plus de mille deux cent personnes, mais compte-tenu de notre carnet de commande, nous prévoyons de dépasser les mille cinq cent l'année prochaine.
- Félicitations, vraiment. Surtout qu'il y a seulement dix ans, vous n'étiez que six !
- Tout à fait, je faisais la vente, mon épouse était à la comptabilité, et puis j'avais trois ouvriers et un livreur. Nous avons gardé le bâtiment d'origine, vous voyez, là-bas.
- Mais dites-moi, comment avez-vous eu l'idée géniale qui a fait la fortune de la Coflexo ?
- Eh bien, à ma sortie de l'Ecole des Mines, il se trouve que j'étais au chômage, comme tant d'autres. Un jour, à la Défense, je me suis présenté à un entretien d'embauche pour une place de manutentionnaire auxiliaire adjoint en charge du déplacement du seau pour l'homme de ménage titulaire. Or, tandis que je faisais la queue pour passer l'entretien, CV en main, parmi environ deux mille candidats, un homme très affolé est descendu de l'escalier, a dit un mot à la réceptionniste qui a fondu en larmes, incrédule, puis, est partie aux toilettes. L'homme, des trémolos dans la voix, nous a alors expliqué que sa société venait de mettre la clé sous la porte, et que de par le fait l'offre d'emploi était caduque.
- Oh, dur !
- J'étais un peu dépité d'être venu de Grenoble pour ça, évidemment. Mais en sortant sur la dalle de la Défense, j'eus au moins le loisir de visiter ce grand quartier d'affaire et de noter à mon grand désarroi que la moitié des buildings, au moins, étaient vides. Quelle pitié ! De beaux immeubles presque neufs, pour beaucoup jamais utilisés, s'usant lentement sous l'effet des éléments... Alors, comme je m'intéressais à l'immobilier, je me suis demandé comment les propriétaires de ces immeubles parvenaient à les louer ? Car bien sûr, un immeuble vide, personne ne veut être le seul à s'y installer. Ça attire la suspicion sur les qualités du bâtiment, il y a des frais de cantine et de gardiennage que vous serez le seul à supporter, etc... Et là, ça a fait tilt ! Pourquoi ne pas apporter mon aide, justement à ces propriétaires.
- Comment cela ?
- Eh bien, nous avons commencé avec notre premier produit, le Foburo©. Imaginez un sticker semi-transparent de trois mètres de haut, qui se colle à l'intérieur de l'immeuble (avec une colle écologique et 100% biodégradable), sur les parois de verre, et qui représente un bureau en pleine activité. On y voit, comme sur une fresque, des informaticiens affairés, des gens qui partent en réunion avec leur laptop sous le bras, un chef de service qui engueule un sous-fifre, une secrétaire qui fait des photocopies... bref, toutes les scènes ordinaires de la vie de bureau. Bien sûr, ça ne fait pas illusion, puisque le sticker est fixe, c'est une photo. Mais si vous placez le Foburo© sur tout le pourtour de l'immeuble, et sur les quatre ou cinq premiers étages, d'une part vous masquez la vacuité désespérante de votre bien, avec les câbles qui pendent, les néons nus, les traces de pieds d'ouvriers dans la poussière, ça fait mauvais genre... et puis surtout, c'est gai, entraînant, "executive", on a envie de travailler dans cet immeuble. Des études ont montré que l'attractivité du bien augmentait de 17%, rien qu'avec ce sticker. C'est psychologique.
- Pas croyable ?
- Un grand succès, mais déjà, nous voyions plus grand ! Alors que nos concurrents tentaient vainement de nous imiter par de pâles copies chinoises, nous avons amélioré le système en doublant le Foburo© par un deuxième dispositif, la scénographie Otaf©.
- De quoi s'agit-il ?
- Il s'agit tout simplement, pour les étages à portée de regard, de disposer dans le bâtiment un mobilier de bureau factice. Comme il n'est pas fonctionnel, il n'a pas lieu de répondre aux normes européennes, et donc, a un prix de revient très bas. Ce mobilier est complété par ce que nous appelons "les garnitures", c'est à dire que nous laissons dans l'Otaf© des dossiers en vrac, des paperboards griffonnés dans les salles de réunion, des cahiers, des rouleaux de plans, que sais-je... tout ce que l'on trouve dans un bureau qui se respecte. Nos scénographes sont devenus de véritables artistes ! Ils vont jusqu'à imaginer des identités aux personnes qui occupent les bureaux factices, leur inventent des enfants dont ils disposent les photos au-dessus des écrans, et vont même jusqu'à mettre des mots de passe sur des post-its, comme dans un véritable bureau. L'illusion est saisissante. Outre l'effet produit sur le passant extérieur, un étage Otaf© permet au propriétaire de l'immeuble de faire visiter à un potentiel client une installation ressemblant à s'y méprendre à ce que sera au final le cadre de travail de ses employés. Un véritable avantage concurrentiel.
- Je vous crois tout à fait.
- Par la suite, nous avons amélioré encore le système avec Otaf© 2.0, incluant, la nuit, des jeux de lumière simulant l'activité d'une tour entièrement occupée. Pour ce faire, nous avons développé de faux néons à LED, qui sont bien moins énergivores, qui s'allument et s'éteignent suivant des séquences logiques pilotées par un logiciel breveté. Ils sont coordonnés avec les écrans d'ordinateur, factices eux aussi. Ainsi, on peut voir s'éteindre un écran, puis quelques secondes plus tard, s'allumer le couloir menant aux toilettes, comme si un employé avait un besoin naturel à satisfaire. Des jeux d'ombres chinoises complètent l'illusion, projetant sur les façades des scènes banales de vie de bureau. A mesure que le temps passe et que l'heure avance, les lumières vont s'éteindre petit à petit, sauf quelques unes, comme s'il restait une réunion à la direction, ou une salle d'astreinte informatique travaillant la nuit. De temps à autres, au cœur de la nuit, de petits projecteurs articulés et se déplaçant sur rail simulent l'activité d'un gardien faisant sa ronde. L'effet est saisissant !
- C'est incroyable ! Vraiment, la technique, de nos jours... Et à l'avenir, pensez-vous pouvoir faire mieux ?
- Je ne peux pas vraiment en parler, nos concurrents nous écoutent, ah ah ah ! Mais vous le savez sans doute, nous venons de signer un important partenariat avec la société Animatronic© qui fabrique les mannequins articulés que l'on peut admirer dans les parcs Disney, entre autres. Voilà qui ouvre bien des perspectives, n'est-ce pas ? Mais n'oublions pas que la technique n'est pas tout, et que l'humain a aussi toute sa place dans notre activité.
- Ah oui, ce que vous appelez le Contrasimu© ?
- Tout à fait. Pour une somme forfaitaire modique, nous sommes disposés à fournir à tout propriétaire de local à destination commerciale un pool d'équipiers humains spécialement formés à faire semblant de travailler. Ils sont entièrement équipés par nos soins, arrivent au travail légèrement en retard et légèrement stressés, habillés de vêtements en synthétique cheap imitant des costumes de créateur, passent leurs journées à remplir des tableaux excel sans signification, à assister à des réunions sans objet dont ils feront scrupuleusement le compte-rendu qu'ils distribueront à toutes sortes de destinataires qui éviteront soigneusement de les lire, ils iront trois ou quatre fois à la machine à café pour discuter de foot ou de politique, ils iront même à la cantine, puisque nous proposons une activité de fausse restauration d'entreprise. Et le soir venu, harassés par une longue journée de travail, ils s'en retourneront chez eux par les transports en commun, ou iront faire un tour à la gym, tout comme de vrais employés. A la différence près que, et ça c'est la garantie Coflexo, nous vous certifions qu'en aucune circonstance, nos Contrasimu© ne fourniront LE MOINDRE travail productif.
- Un beau souci du détail.
- Le travail bien fait, c'est le travail pas fait, tel est le mot d'ordre de notre maison.
- Eh bien, merci Jean-Jean Jeanjean pour cet inspirant exemple d'esprit d'entreprise, et à vous Jean-Peigne.
- Merci, Jean-Global. Culture maintenant, avec l'exposition Jeff Koons
Tags: textes divers
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