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La catin de Baentcher II - Chapitre 1

Les nouvelles aventures de
La catin de Baentcher


Fariboles renouvelées dans le
monde merveilleux des lutins
jolis et des kobolds farceurs


Chapitre 1. La Citadelle de Gwend’har



Les dos nus et luisants des rudes hommes de Gont saillaient de muscles ronds, semblables à des sarments de vieille vigne, tandis que sous le mantelet blindé de plomb et de chêne, ils poussaient en cadence, ahanant plus qu’ils ne chantaient la prière antique de Hanhard, le dieu des soldats. Le bélier était le tronc solide d’un tremble séculaire, à l’extrémité duquel ils avaient chevillé trois mille livres du meilleur acier, forgées en une pointe cruelle. Ils n’épargnaient pas leur peine, et chaque coup donné à la porte d’airain de la Citadelle de Gwend’har résonnait comme le carillon de l’apocalypse. Cependant, l’huis monstrueux tenait bon, comme soutenu par quelque sortilège impie.
« Du nerf, mes gaillards, du nerf ! Elle vous regarde, vous, les hommes de Gont ! Faites lui honneur ! »
Et à l’appel de leur lieutenant, ils redoublaient d’efforts.
Elle observait la scène, en effet, sous le dais de commandement. Elle n’était pas seule, à ses côtés se tenaient les autres chefs de l’expédition, penchés sur la carte d’état-major ou surveillant comme elle l’avancée de l’assaut. Il y avait Don Erman de Thrane, capitaine des paladins de Nyjel, son puissant cousin le comte Marinis de Gont, venu avec tous ses chevaliers et ses gens d’arme, le mage Nosorkod, trouble nécromant venu de la lointaine Pthath avec ses affidés, l’androgyne Alyx et sa guilde d’espions et d’assassins, le capitaine Ananfal et son détachement d’archers elfes. Rien n’aurait pu réunir ces personnages qui en temps ordinaires se détestaient, rien, sinon la soif de vengeance, la haine inextinguible qui les poussait, chacun pour une raison différente, à faire ce porter l’assaut devant le formidable refuge de l’Ordre de Sartorius.
Elle était la seule à ne pas éprouver de haine. Ou bien parvenait-elle à la dissimuler sous le voile opalescent de sa grâce infinie. Elle n’avait pas amené d’armée, le culte de la déesse Melki n’en avait jamais entretenu. Nul ne savait ce qui l’avait poussé à réunir ces forces, à mener cette longue guerre contre les sectateurs maudits, à libérer l’Ambigye, village après village, province après province, de l’emprise sournoise de ce culte infernal. Et elle avait accompli ceci sans jamais élever la voix. Elle n’avait nul besoin de hurler pour se faire entendre. Ces derniers mois, par d’habiles manœuvres de diversion, elle avait envoyé les thugs de Sartorius et les régiments de fanatiques restants battre la campagne au loin, ne laissant que de maigres forces pour garder le cœur du royaume, le palais du couple maudit. Quelle surprise n’avaient-ils pas eu en voyant sortir du bois les ennemis qu’ils croyaient terré aux confins de leur seigneurie...
La bataille avait duré tout le jour, les sartoriens avaient lutté avec l’opiniâtreté des possédés et la fourberie qui leur était coutumière, mais cela n’avait pas suffi à tromper la coalition qui luttait contre eux depuis si longtemps déjà. Toutes les ruses, ils les connaissaient, toutes les armes avaient trouvé des boucliers, les hommes eux-mêmes, d’une ligne à l’autre, parvenaient parfois à se reconnaître. Maintenant, les corps des sectateurs jonchaient la plaine et les deux lices concentriques de la citadelle, seul tenait le dernier rempart, la dernière porte.
Elle frissonna soudain.
Elle se tourna vers sa compagne, qui avait blêmi.
« Je l’ai senti aussi, dame Milzaïa.
- Qu’est-ce, Gabrielle ? Un démon...
- Je le crains.
- Comment osent-ils invoquer pareille abomination ?
- Le désespoir...
- Ce n’est pas une excuse. Et ce sera leur perte. Comte Marinis ? Comte Marinis !
- Honorée Archiprêtresse ?
- Faites donner le signal de la retraite à ceux de vos hommes qui donnent l’assaut au rempart est. Qu’ils reculent de deux-cent pas.
- Mais madame, nous risquons la débandade... »
L’admirable visage de l’elfe se tourna vers le vieil aristocrate, un peu trop vivement. Il perçut un vague soupçon d’agacement, et l’espace d’un battement de cœur, une indicible et ancienne menace.
« Le temps presse, Comte. Et qu’on amène nos montures. »
Il n’y avait guère à discuter. Les cors de guerre résonnèrent. Surpris mais disciplinés, les officiers transmirent les ordres. Les soldats, qui voyaient déjà la victoire se profiler, firent bruyamment savoir leur grand dépit, rassérénés toutefois de voir que leurs collègues de la muraille ouest poursuivait le combat. S’agissait-il d’une habile manœuvre ?
C’est alors qu’ils contemplèrent un spectacle qu’aucun d’entre eux n’oublierait jusqu’au jour de sa mort. Environnées d’auras de saintenté, l’Archiprêtresse de Melki et son acolyte traversèrent leurs rangs au galop, portant la bannière de l’alliance flottant au vent frais du soir. Les hautes montagnes bordant la passe de Dûn-Molzdaar, encadrant la forteresse maudite, formaient ce soir là le cadre idéal pour une action héroïque dont l’histoire, sinon la légende, garderait la trace.
Certains parmi la troupe, peut-être plus réceptifs à la magie que les autres, avaient pressenti qu’un abominable sortilège se tramait dans les tréfonds de la citadelle de Gwend’har. Déjà, sur le rempart dont ils venaient d’abandonner l’assaut, on pouvait par moment percevoir les filaments immondes d’un cercle d’invocation satanique. Ce spectacle révulsait les âmes, et pourtant, les deux elfes saintes et pures se dirigeaient droit vers le péril.
Bien des soldats rapportèrent plus tard avoir vu les deux nobles elfes environnées d’or et d’argent, transformées en une lance vivante transperçant le mal. Nombre d’entre eux virent le trait lumineux crever l’obscurité tel un abcès immonde sur la face de la Terre. Certains jurèrent, par la suite, avoir entendu le cri d’effroi des nécromants qui, de l’intérieur de la forteresse, sentirent leur puissant et fragile sortilège se désagréger entre leurs doigts.
Le démon qui commençait à peine à se matérialiser ne put regagner à temps sa dimension infernale et fut désintégré. Son hurlement d’agonie se confondit avec l’explosion démentielle qui secoua la vallée lorsque l’énergie magique fut libérée en une vague destructrice.
Lorsque le vent violent du soir eut balayé la poussière, il ne restait de la muraille est qu’un trou béant et un amas de décombres, dont émergèrent bientôt, appuyées l’une sur l’autres, Milzaïa et sa suivante Gabrielle. Toutes deux s’en revenaient lacérées, leurs délicates robes elfiques n’étaient que lambeaux noircis, et la bannière de l’Alliance ne valait guère mieux, mais au moins flottait-elle encore fièrement.
Sans qu’on eut besoin de le leur commander, les soldats surent alors ce qu’ils avaient à faire. Hurlant comme des possédés le chant de la mort, ils retournèrent en direction de la Citadelle pour achever cette guerre, déterminés à ne rien laisser de vivant après leur passage. La ruée fut d’une telle sauvagerie qu’aucune force au monde n’aurait pu l’arrêter. Il ne s’agissait plus de faire la guerre, mais d’écraser un insecte. Rares furent les sartoriens qui purent se cacher ou s’enfuir pour avoir la vie sauve, tous ou presque furent passés au fil de l’épée.

Mais sans souci aucun des hommes qui périssaient en grand nombre à leur service, dans les tréfonds du donjon de Gwend’har, les maîtres de l’ordre de Sartorius, les deux mages déments qui s’étaient fait nommer Siglund et Siwindia, après avoir semé tant de misère et perpétré tant d’abominables crimes, n’avaient plus en tête que l’obsession d’échapper à la justice divine. Debout et en grande tenue, dans le grand cercle d’invocation qu’ils s’étaient fait bâtir à grands frais dans la cave sinistre, ils commencèrent à chanter les premiers vers d’une certaine mélopée, les seuls mots qu’ils en connaissaient. Mais dès qu’ils eurent achevé de prononcer ces paroles étrangement contournées d’un langage que nul n’entendait plus depuis des éons, ils s’aperçurent que d’autres leur venaient en tête, étrangement familières. Jamais ils ne les avaient entendues, mais c’était comme s’ils les avaient récitées mille fois durant leur enfance. Ils poursuivirent ce rituel malfaisant, impie et séduisant qui s’ouvrait à eux, jusqu’à ce qu’un fracas les en détourne.
A n’en pas douter, la grande porte de bois d’if qui barrait l’entrée du sanctuaire démoniaque venait de céder sous les coups de boutoir des assaillants. Sigwindia se jeta sur son livre de sort jeté négligemment par terre, l’ouvrit à une certaine page, et fit conversa quelques secondes avec son compagnon, qui sembla l’approuver. Siglund fit un signe du menton en direction de la porte. Aussitôt, une demi-douzaine de gardes du corps, ultime reliquat de de l’armée sartorienne, sortirent l’épée du fourreau et, inspirés par les drogues et des années de conditionnement, coururent à la rencontre de leur fatal destin. Un jeune nécromant du nom de Palimon fit mine de les suivre mais, d’un geste, Sigwindia l’arrêta.
« Tel n’est pas ton destin, Palimon. Viens, rejoins-nous.
- En suis-je digne ?
- Voici bien des années que tu nous sers fidèlement et avec habileté, le temps est venu pour toi de devenir un pair. Nous étions deux, nous serons trois désormais. Viens, Palimon, et désormais, reçois pour nom Signan. »
Tremblant de fierté, le jeune sorcier s’approcha de ses maîtres. Oui, c’était vrai, il avait servi avec fidélité. Il avait succombé aux promesses des Sartoriens, séduit moins par les labyrinthes emboîtés des révélations mystiques que par les charmes pourtant déclinants de Siwindia.
Le mensonge se dissipa en un battement de cil. La dague de jade de Sigwindia perça son cœur tandis que Siglund, derrière lui, emprisonna son âme évanescente dans le globe d’orichalque qu’il tenait dans sa main. Il comprit soudain comme on l’avait trompé. La face de Sigwindia avait perdu tout attrait, ce n’était plus que le masque fou d’une sorcière aux abois, ce fut la dernière chose qu’il vit de son existence. Sot qu’il avait été !

Les soldats de l’Alliance, l’épée rougie de sang tiède, pénétrèrent dans la salle d’invocation à l’instant précis où le globe d’orichalque se dissipait, libérant sa puissante sorcellerie entre les doigts experts des deux nécromants. Une sphère opalescente de dix pas de diamètre se déploya aussitôt, de laquelle son et lumière sortaient étrangement distordus. Milzaïa et Gabrielle apparurent à leur tour, et ne purent que constater la triste situation. Se joignant aux efforts des arbalétriers qui décochaient leurs carreaux en grand nombre, les prêtresses de Melki évoquèrent chacune son plus puissant sort offensif. Mais il est des ténèbres si obscures qu’aucune lumière ne peut éclairer.
« Cessez vos efforts, mes amis, ils sont hors d’atteinte.
- Voici qui est bien dit, Ô Xÿixiant’h, Sainte Protectrice, cracha Siglund plein de haine. Oui, nous sommes hors d’atteinte, notre magie nous met à l’abri de tout mal.
- Au prix d’un dernier crime, je vois.
- Il est des sacrifices nécessaires.
- Quel est donc ce sortilège, je ne le connais pas.
- Toi dont la science est sans limite ? Voici qui m’étonne, mais je puis te le révéler, car cette connaissance ne te sera d’aucune aide, et en outre ta fin est proche. Il s’agit du Bouclier de Mzesel’büb. Il est dit que rien ne peut le traverser.
- Le Bouclier de Mzesel’büb...
- Et maintenant, vois ce que nous allons invoquer. »
Les deux nécromants reprirent la psalmodie qu’ils avaient interrompu quelques minutes plus tôt. Gabrielle manqua de défaillir.
« Melki nous protège, ils invoque le Destructeur !
- Horreur !
- Fuyons !
- Non, nous ne serons nulle part à l’abri. Ici, nous avons encore une chance de le vaincre avant qu’il ne recouvre toutes ses...
- Oui ?
- Il a bien dit « Bouclier de Mzesel’büb » ?
- Oui, c’est ça.
- Bien. Très bien.
- Et… que doit-on faire ?
- Rien de spécial.
- Ne devrait-on pas se préparer au combat ?
- Contre le Destructeur, c'est sans espoir.
- Fuir alors ?
- Il nous rattraperait. Il n'y a rien à faire. Restez ici et observez ce qui va se produire.
- Et vous, noble dame ?
- Je vais manger un morceau. »
A la stupéfaction de ses sujet, celle que tous connaissaient sous le nom de Milzaïa et que pour une raison un peu longue à expliquer, Siglund appelait Xÿixiant’h, s’assit en tailleur sur les dalles souillées par tant de sacrifices, sortit une sandwich de poulet et le dévora à belles dents tout en observant l’invocation, sans trop s’affoler.
Ils virent s’ouvrir les portes de l’outre-monde, ils virent s’en extirper une forme indistincte, nébuleuse, malévolente, une chose qui révulsait l’esprit. Cela n’avait pas de texture ni de couleur. Cela n’avait pas de dimension, cela n’avait pas d’existence, au sens où nous l’entendons, dans notre univers. Cela n’avait qu’une présence. Violente et impitoyable, comme tous l’avaient senti. L’air s’emplit d’une puanteur de charogne. Lentement, la chose s’incarnait.
Milzaïa se releva, s’épousseta. Il y avait un vague sourire à la commissure de ses lèvres, mais au travers du Bouclier de Mzesel’büb, c’était difficilement perceptible.
« Impressionnant.
- Et maintenant, chienne, prépare-toi à rencontrer ta déesse. Car voici que le Destructeur va te vaincre, et...
- Oui, eh bien j’en serais ravie, mais pour ça je crois qu’on va attendre un peu.
- Un peu ?
- A moins bien sûr que vous n’ayez inventé un moyen génial de traverser un Bouclier de Mzesel’büb. Parce que figurez-vous que ça marche dans les deux sens, ce sort, pauvres minables. Et ça va durer jusqu’à dissipation totale de l’orbe d’orichalque.
- Hein ?
- Ce que je veux dire, c’est que nous n’avons aucun moyen de rentrer, c’est certain, mais vous n’avez aucun moyen de sortir. C’est le petit inconvénient du sort, vous saisissez ? Sinon tout le monde se trimballerait avec sur les champs de bataille, réfléchissez un peu. Non mais regardez moi ces deux couillons. Franchement, tant que les forces du mal n’auront que des guignols pareils à nous opposer, on n’aura rien à craindre, c’est moi qui vous le dit.
- Mais... ça va durer combien de temps, l’orbe ?
- C’est sûrement marqué dans votre bouquin de sort. Il faut lire les conditions d’utilisation, de temps en temps. »
La pâleur des deux sorciers était visible même au travers du dôme magique. Sigwindia se remit à feuilleter son livre, et fut soudain prise d’un tremblement.
Selon le livre, ils étaient coincés là pour « en moyenne cinq mille ans ».
« Bonjour », fit soudain une voix caverneuse (et néanmoins joyeuse) derrière eux.
Et ils se souvinrent qu’ils étaient coincés pour « en moyenne cinq mille ans » en compagnie du Destructeur.
« Bon, reprit Milzaïa, allons organiser le banquet de la victoire ! »
Et sans plus de cérémonie, ils sortirent de la chambre d’invocation, sourds aux pathétiques supplications des deux sorciers imprudents.

Bien des braves étaient morts dans les deux camps, et les cadavres jonchaient la cour de la citadelle. Néanmoins, les soldats savent combien sont rares et précieuses les occasions de célébrer la victoire, aussi ne se firent-ils pas prier pour rôtir bœufs, cochons et volailles, sous un croissant de lune d’une pureté glaciale. Milzaïa n’était pas la dernière à semer la bonne humeur sur son passage, riant aux plaisanteries les plus bêtes, vantant la force de celui-ci, le courage de celui-là, ravivant le souvenir d’un compagnon disparu, chantant et dansant autour des grands brasiers. Et les elfes de l’armée, sévères à l’ordinaire, furent bientôt pris dans la fête, et se mirent à brailler à tue-tête leur chant traditionnel de victoire, un chant assez stupide qui faisait « Yum-yum ».
Il y avait toutefois un jeune homme qui n’était pas d’humeur festive. Car Marinis, le vaillant comte de Gont, celui qui avait été de tous les combats, avait péri au cours du dernier. Son fils, se tenait sous la tente auprès de sa dépouille, et le pleurait. Les autres chefs de guerre étaient venus rendre hommage à l’inflexible champion tombé sous les remparts, et aussi, sans doute, jauger les qualités du jeune comte, qui devenait soudain un homme puissant. De l’avis général, il était énergique et pas trop sot, et bien qu’il fut assez vaniteux, il ferait sans doute l’affaire.
« Ce n’est pas fini, prophétisa Milzaïa d’une voix douce.
- Oui, acquiesça le jeune homme, les armées des Sartoriens battent encore la campagne. Sans leurs maîtres, ils ne valent plus grand chose, mais il faudra néanmoins les traquer et les défaire.
- C’est vrai, mais ce n’est pas cela qui me tracasse le plus. Car quelle que soit la durée du sortilège qui retient le Destructeur, il finira par faiblir, et cette monstruosité déferlera sur le monde.
- Qu’y pouvons-nous, hélas ? Même les fils des fils de nos fils auront sombré depuis longtemps dans l’oubli lorsque cela se produira.
- Moi, je serai encore là. Peut-être. Mais j’ai songé au problème. Si les hommes perdent facilement la mémoire, il est certaines de leurs institutions qui la conservent longtemps. Nous allons fonder ici un monastère, un temple... Oui, un grand temple bâti sur les ruines de cette forteresse, et dont les prêtres auraient mission de garder la catacombe. Ou même mieux, une ville dont le temple serait le centre. L’emplacement n’est pas mauvais, voyez, le Xnö fournit une onde pure et abondante, la terre aux alentours n’est pas la plus riche, mais elle convient à l’élevage, et nombre de marchands empruntent la passe de Dûn-Molzdaar.
- Fonder une cité...
- Les terres de Gont n’ont que trop connu la misère et la destruction, il faut donner à vos gens une raison d’espérer, un projet. Cette cité sera ce projet.
- Oui, noble dame, vous avez raison. Et comment appellerons-nous cette cité ?
- Comme il vous plaira, comte Baentcher, comme il vous plaira."
Tags: la catin de baentcher
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