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Y'avait moins de skins que prévu :-(

Donc dimanche, je suis allé écouter Laibach au Divan du Monde.

Le Divan est une salle de Pigalle, de taille moyenne, décorée "à la ruine", comme un cabinet de curiosités. Tout y est soigneusement démoli et réparé, juste assez pour être fonctionnel, mais pas au point que ça ait l'air neuf. Il y a un large balcon faisant le tour de la salle, un peu à l'italienne, avec des canapés pour ceux qui veulent s'isoler un peu, et un bar à chaque étage. Le cocktail maison est passable.

Laibach est un groupe Slovène qui ne fait pas du métal. C'est de l'électro-pop-indus, un truc du genre. Je l'ai appris dans la queue parce que, comme à la Philharmonie, il y a l'avant-concert où on t'explique ce que tu vas écouter (enfin, j'ai entendu ce que se racontaient deux gars).

Historiquement, Laibach est un vieux groupe qui remonte à 1980, dans l'ère prémetallicienne. A l'époque, la Slovénie, vous souvient-il, appartenait à la Yougoslavie. Donc ils ont connu le communisme, la montée des nationalismes, l'indépendance du pays, la guerre à leurs frontières, puis la paix, l'Union Européenne, l'Euro, et les désillusions qui s'ensuivirent. Du coup, Laibach, c'est un groupe engagé, mais on se demande à l'extrême-quoi. En tout cas, ils jouent depuis longtemps avec les ambiguïtés d'une esthétique soviéto-fascisante toujours assez distanciée.

Du coup dans la salle, c'était un peu portnawak. Ça allait du bobo à moustache en guidon de vélo au nazi-chic en passant par les cénobites à crâne rasés qu'on ne distinguait des skins vétérans que par leur attirail BDSM. Au balcon, les spectateurs casuals. Peuh ! Je descends dans la fosse profiter à donf, et je fais bien car, je l'ignore encore, mais la chanteuse est bien jolie.


Das Balkon


Das Balkon 2


La scène

Donc, une heure pétante après l'ouverture des portes, les Laibacheux apparaissent enfin. Deux jeunes claviéristes encadrent un batteur plus âgé, puis arrive la belle mais glaçante chanteuse, Mina Spiler (qui ne lâchera pas même un début de sourire en sortant de scène, complètement dans son rôle). Enfin, le maître de cérémonie, Milan Fras, quinquagénaire impressionnant sous son kefieh de pharaon aux armes du groupe.


Milan, au chant si doux (on le surnomme "le rossignol de Ljubjana")


La marmoréenne Mina

Milan a une technique vocale intéressante, on peut parler d'infra-growl, mais bizarrement, il reste parfaitement audible, voire franchement plus compréhensible que la plupart des chanteurs anglosaxons d'origine (enfin, quand il chante en anglais, parce que mon letton est assez limité en fait). On peut d'ailleurs louer le professionnalisme du groupe et de la console du Divan, qui nous ont offert un confort sonore remarquable. Les deux premiers morceaux sont assez lents, tandis que défilent derrière le groupe des animations en 3D (Laibach est l'émergence musicale d'un groupe d'artistes multimedia). Bref, ambiance plombante, je repense à une chanson d'IAM :

Quelques fois ils deviennent fous
T-shirt noir et croix à l'envers autour du cou
Au bord du suicide des années, ils n'ont pas écouté
La musique des sales groupes
Leurs paroles déprimantes
Les mots en ave, cave, rave, bac ave, new ave, sois brave
Je te dis pas quand ils dansent, ça swingue dur
C'est une vraie souffrance


Mais ça n'est pas désagréable, et ça devient carrément apaisant (quoi que non-dénué d'une certaine tension) quand Mina nous chante Across the Universe. Puis les titres plus pêchus s'enchaînent, à commencer par "Whistleblower", et son petit refrain sifflé que j'avais entendu une fois sur youtube et qui m'était resté dans la tête pendant deux semaines. Un entracte bienvenu coupe le concert (il n'y a pas eu de première partie), entracte chronométré à 10mn sur l'écran, entrecoupé de pubs du facétieux Milan pour le dernier album, "spectre". L'affaire se termine officiellement par "Under the iron sky", avec en fond visuel, des extraits du film (toujours l'esthétique nazie). Puis ils saluent, et ils partent. On les hue. Ils reviennent, et font deux morceaux, dont une savoureuse reprise de "je vais et je viens", de Gainsbourg (in french !). A l'issue de quoi, ils repartent. Je fends alors la foule vers le stand de merch pour faire quelques emplettes avant qu'il ne soit pris d'assaut. Erreur stratégique, ils re-reviennent pour deux derniers morceaux, ces gouistres de Slovènes !

Bref, j'achète leur album, ainsi qu'une jolie ceinture que j'arborerai fièrement demain au bureau.

Oui, mais ça ressemble à quoi, Laibach ? Ben, à rien en particulier. C'est un univers assez original. Musicalement, ça frôle par moment le métal, puis ça devient une sorte de pop, à un moment ça ressemblait même à du Enya. Quelques extraits pour vous faire une idée :

Whistleblower


Under the iron sky


Geburst einer Nation

Oui, c'est bien une cover de Queen...

Across the universe (live)

Bref, c'était un excellent concert, un groupe avec un univers bien particulier, et qui gagne beaucoup à être découvert live.
Tags: je suis pas plus con que kirk hammett
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