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Le chateau de ma mère


Il y a quelques années, j'avais vu "L'heure d'été", un film d'Olivier Assayas. Il s'agissait d'un drame sur un sujet intime : la mère meurt inopinément, ses trois enfants, adultes, se retrouvent face au deuil, à la succession, à ce moment où il faut bien se confronter avec ce qui reste, la vie qui se poursuit, les contingences des obsèques, de l'héritage, et sous-jacent, bien sûr, ce qui reste de la défunte elle-même, de son héritage spirituel, de son souvenir, de la famille après son départ. Bref, un sujet universel, une histoire que nous avons tous à vivre un jour ou l'autre. Pourtant, le film me sembla quelque peu rater son objet. Non pas qu'Assayas fut un mauvais réalisateur, au contraire, mais il me sembla qu'un certain parti-pris initial du scénario lui faisait précisément perdre de son universalité.

Cela se passait dans une grande maison de la lointaine banlieue Parisienne, une de ces demeures proustiennes, avec un grand jardin. L'un des fils, les plus fidèles au souvenir de sa mère, commente à un moment "bien sûr, on est d'accord qu'il n'est pas question de vendre la maison". Et pourtant, elle sera vendue, avec tous ses souvenirs. Les deux autres ont leurs vies au loin, l'un vit en Chine, l'autre aux Etats-Unis, et ils n'ont que faire d'une propriété au Vésinet ou ailleurs. Et puis, il y a la collection, que la mère, naguère muse de quelque artiste illustre, avait conservée de sa relation avec le grand homme. Au bout d'un moment, soulagement ! Après visite de l'expert, le Musée d'Orsay acceptera la collection en dation, ce qui paiera la succession. Il y a aussi les meubles, si je me souviens bien, signés d'ébénistes de premier plan, plouf, tout ça à vendre, l'héritage de maman.

Ce film m'évoqua la succession de ma propre mère, qui était décédée un peu avant. Ma sœur et moi-même nous étions déchiré à cette occasion. Bien sûr, en raison de ma passion pour l'automobile, j'allais hériter de la collection de Bugatti anciennes, et elle du restaurant à Saint-Tropez, mais qu'allions-nous faire de la villa à Saint-Paul de Vence où, enfant, nous nous ébattions dans la piscine et dans le parc avec les gamins des domestiques ? Hein ? Et que deviennent ?

Ma mère, elle nous a laissé 500 euros, une chaise pliante et un miroir dont je ne suis pas totalement certain qu'il soit signé Boulle. Du coup, et bien que le Musée d'Orsay n'ai pas voulu de la reproduction en simili-sérigraphie de la Cathédrale d'Angoulême, nous avons échappé aux droits de succession. Vous savez pourquoi ? Parce que ma mère, c'était quelqu'un de normal. Parce que je viens d'une famille normale pleine de gens normaux. Je ne crois pas que quiconque chez moi ai couché avec Miro ou Chagall. Je ne crois pas que quiconque ai jamais été assujetti à l'ISF et je crois même pouvoir affirmer avec une certaine assurance que parmi la longue cohorte de mes ancêtres, je suis celui qui fut jamais le plus riche.

D'où mon malaise devant le film. Parce que quand on fait un film sur un sujet universel, on le fait soit avec des dieux et des héros à l'antique, soit avec des vrais gens, mais pas avec des fantasmes bourgeois d'auditeur de France Inter.


Miley Cyrus fait une très bonne imitation de Joan Jett mais... bon, à sa place j'éviterai de faire ça à côté de l'original.

Heureusement c'est pour >> la bonne cause <<
Tags: art
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