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Vive la Grance


Donc, Tsipras a décidé de demander son avis à son peuple avant de l'engager pour les décennies à venir à perdre sa souveraineté. Pour ça, il est qualifié de "démagogue", ce qui s'oppose à la pratique "démocrate" consistant à ce que les gens qui ont le droit de penser décident en fonction de leur intérêt propre sans en référer à quiconque. Vilain Tsipras, il n'a sans doute jamais étudié le grec.

Nous vivons, en Occident, et particulièrement en France, dans des régimes se prétendant démocratique, mais ne présentant dans les faits qu'une démocratie vestigale, portée par des institutions vides de pouvoir et des concepts vides de sens. L'on emploie encore les grands mots de République, Laïcité, Egalité, mais détournés de leur acception originale, pour camoufler le fait qu'on en a depuis longtemps abandonné l'idée sous-jacente.

La notion de liberté d'expression devrait, ainsi, faire largement consensus comme étant la condition fondamentale de l'exercice d'une démocratie digne de ce nom. En effet, pour qu'il y ai démocratie, il faut qu'il y ai choix, et il ne peut y avoir de choix que s'il est possible de se faire un avis éclairé en soupesant les divers avis en présence, ce qui présuppose qu'on autorise le libre et plein accès à tous les avis. En France, il est aisé de mesurer à quel point on est loin de cet idéal. Dans la pratique, la liberté d'expression consiste à pouvoir dire tout ce qui ne choque personne et ne nuit aux intérêts d'aucun. Ce sont des bornes bien étroites. Entre la diffamation, l'incitation à la haine raciale, au suicide, le négationnisme de tel ou tel point de l'histoire, l'atteinte au secret de l'instruction, au secret médical, au secret des affaires, au secret d'Etat, à la vie privée, le droit à l'image, le droit de réponse, le droit de propriété intellectuelle etc... il se trouve toujours un bon prétexte pour bâillonner une parole dissidente.

La parole politique est en particulier triplement verrouillée.

  • En premier lieu, par la sélection des personnes ayant accès aux media. Il s'agira toujours d'individus autorisés, clairement identifiés aux intérêts qu'ils défendent, et de ce fait, peu susceptibles d'émettre une opinion personnelle toujours dangereuse.

  • En second lieu, par le champ des sujets pertinents. Certains sujets sont amplement couverts par les media. D'autres jamais. Évidemment, ce sont les seconds qui sont importants et engagent l'avenir de notre pays.

  • Enfin, par l'opinion autorisée sur ces sujets, qui est toujours strictement bornée à une opposition de pacotille entre partisans satisfaits du bonnet blanc et défenseurs bienheureux du blanc bonnet.
Et voici comment les débats publics se retrouvent "opposer" des gens venant du même milieu, des mêmes familles, sortis des mêmes écoles, ayant lu les mêmes livres et fréquenté les mêmes amis, se disputant faussement sur des sujets sans intérêts et sur lesquels, au demeurant, ils sont fondamentalement d'accord. Oh, la belle démocratie que voilà ! On en verra l'expression en décembre, à la Conférence de Paris sur le climat, où l'on débattra du temps qu'il fait et des vilaines voitures qui font prout-prout dans un pays en état de guerre ethnique larvée.

On pourrait croire qu'il existe un sanctuaire, un lieu au moins protégé de cette castration du discours : l'art. Traditionnellement, la France promeut l'art et la culture, la littérature, le théâtre, accueille les dissidents, les rescapés des asiles psychiatriques stalinies, les pianistes martyrs aux mains brisés par les macoutes de leurs républiques bananières. Elle s'en vante, la France, elle s'en félicite. Mais attention, là encore, les apparences sont trompeuses. Ce n'est pas pour rien qu'on a en France un Ministère de la Culture. Qu'est-ce qu'un ministère ? C'est une administration qui exerce le pouvoir. Le Ministère de la Culture exerce le pouvoir de l’État sur la Culture, c'est ce que dit son intitulé même. Ça n'inquiète personne ? Et en bon ministère, il veille à ce que la parole ne dépasse pas certaines bornes, et de façon générale, ne nuise en rien à l’État. Donc, on organise chaque année une orgie grotesque dans le parc de Versailles pour donner à penser qu'on autorise la subversion, pour autant qu'elle consiste à souiller le patrimoine séculaire en le jonchant de vagins géants, mais les véritables paroles subversives ne sont guère les bienvenues en France.

Prenez par exemple le Laibach, groupe Slovène dont >> je vous narrais naguère un concert <<. Laibach est un groupe politique, qui pointe les défaillance du système démocratique occidental en employant une esthétique de type fascisante (ce qui ne leur a pas valu que des amis dans la Yougoslavie communiste des années 80). Les concerts de Laibach en France, c'est rare. Ce n'est pas un hasard, >> c'est une volonté politique <<, ou du moins, la volonté de quelques personnes qui s'estiment dépositaires d'une fraction de la volonté politique.

Et ça ne s'arrange pas, comme en témoigne l'affaire Dieudonné. Comme le fait remarquer Milan dans l'interview ci-dessus, la France n'a plus de magistère intellectuel, et il est grand temps qu'elle se réveille. Chaque année, la liste des pays pire que la France en terme de liberté d'expression diminue. J'exagère un peu mais bientôt, il n'y aura plus que la Corée du Nord.

>> Ou pas <<
Tags: la france qui coule
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