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La catin II - livre II - Chapitre 11

Chapitre 11. Le Castel Zefiro



Vous vous demandez sans doute par quel astucieux stratagème, par quelle épique échauffourée ou par quel rocambolesque coup du destin nos héros valeureux ont bien pu échapper aux patrouilles des gardes de Daglioli, cité assiégée qui leur était étrangère, alors même qu’ils n’avaient aucun ami dans la place, qu’ils étaient vêtus de la plus voyante façon qui soit, qu’ils ne pouvaient compter sur aucune magie et qu’ils étaient en outre rudement sonnés par un atterrissage relativement violent. Eh bien voilà :
Ben, ils ont pas pu, eh con.
Attirés par le vacarme, deux escouades de gardes municipaux sont immédiatement accourus et, avant même que ne sautent les boulons de l’écoutille, avaient alarmé une centaine de militaires armés jusqu’aux dents, qui se faisaient fort de poinçonner d’importance tout ce qui sortait de ce curieux cône métallique en opposant une résistance. Déjà à moitié sonnés par leur chute, ils furent promptement extirpés de leur habitacle, tels des escargots cuits de leurs coquilles, battus comme plâtre et vivement invités à visiter le Castel Zefiro, merveilleux palais d’architecture pré-znubienne. Les architectes pré-znubiens avaient un sens aigu des proportions, de la rythmique des façades, un art consommé pour élever des arches et un talent reconnu pour arranger des intérieurs confortables autant que pratiques, toutefois, leur art avait été assez mal compris en son temps du fait de leur a priori assez inexplicable à l’encontre des fenêtres. Le Castel Zefiro ne faisait pas exception à la règle, il en était même le prototype, puisqu’il n’offrait aucune espèce d’ouverture sur l’extérieur, tant et si bien qu’à l’instar de tous les autres palais pré-znubiens, il avait été reconverti successivement par ses propriétaires en bibliothèque, en entrepôt, en habitation collective à destination des indigents, et finalement, en prison. Sans autre forme de procès, ils furent jetés dans une geôle humide, vaste et parfaitement obscure, avec pour compagnons le père Angoisse et la mère Résignation, ainsi que quelques rats. Mais au moins purent-ils dormir quelques heures. A la suite de quoi Vertu se résolut à parler.
« Puisque nous avons le temps, il est temps que je vous révèle la raison pour laquelle nous sommes ici. J’en ai eu la révélation au cours de notre voyage, et je suis aussi étonnée que vous alors inutile de m’interrompre par vos exclamations. »
Sans entrer dans les détails, elle répéta ce que lui avait expliqué Palimon.
« Oh, alors ça !
- Par ma barbe !
- Je ne peux le croire, c’est extraordinaire !
- Qu’est-ce que je vous ai demandé tout à l’heure ?
- Pardon, patronne.
- Excusez-moi de la ramener, fit la voix de la Princesse, mais est-ce qu’on est réellement obligés de croire ça ? C’est quand même un peu gros.
- Quoi donc ?
- Eh bien, arrête moi si j’ai raté un truc mais s’il existe une si puissante créature qu’elle a réellement détruit tant d’univers, comment se fait-il qu’elle ait sottement laissé derrière elle la seule arme capable de la vaincre ? Il faudrait être idiot au dernier point pour se comporter de la sorte. Enfin, suis-je la seule à trouver l’histoire cousue de fil blanc ?
- Oui, approuva Toudot, et en plus, comme par hasard, c’est pile l’arme qu’on cherche ! Ça ne te paraît pas suspect ?
- Mais non, mais non, ça me semble se tenir et s’enchaîner parfaitement. Au fait, elle est dans les parages, la petite fille ?
- Il y a un moment qu’elle ne s’est pas manifestée. En fait, je ne me souviens pas qu’elle était avec nous quand on est descendus de la capsule. Mais si c’est vraiment Palimon, on peut comprendre qu’il ne souhaite pas spécialement partager notre pauvre quotidien de prisonniers.
- Bien, excellent. Donc effectivement, c’est une version qui m’inspire comme à vous les plus vives préventions, pour ne pas dire que c’est un tissus de sornettes qui ne tient pas debout trois secondes, toutefois la question n’est pas de savoir si on y croit ou pas. La question est de savoir ce qu’on fait avec ça. Car si on analyse la situation froidement, il y a en gros trois hypothèses. Premièrement, c’est effectivement Palimon qui nous guide, et qui cherche à vaincre le Destructeur. Deuxièmement, c’est le Destructeur qui nous guide, et qui cherche à s’approprier son arme pour se mettre à l’abri de Palimon. Troisième hypothèse, tout ça c’est un tissu de conneries, et on est manipulés dans une histoire qui n’a strictement rien à voir avec ces deux connards. Face à ces trois possibilités, nous avons deux plans d’action possibles. Premièrement, on continue la quête et on fait de notre mieux pour mettre la main sur cette foutue épée, et là, ben, on avise. Deuxièmement, on laisse tomber et on rentre à la maison. Toutefois, de mon point de vue, la deuxième attitude a un inconvénient majeur, outre le fait bien sûr qu’on aura fait tout ça sans rien y gagner en retour. L’inconvénient majeur, c’est que la grosse Condeezza est aussi sur le coup, et qu’il n’y a aucune chance qu’elle abandonne, elle. Alors la question que je vous pose, messieurs et dames, est la suivante : est-ce que vous avez envie de vivre dans un monde où la plus puissante arme de l’univers est entre les mains de Condeezza Gowan ? »
Rarement motif fut exposé aussi clairement, et il reçut aussitôt l’assentiment des compagnons, soulagés de n’avoir plus à réfléchir à ces épineux sujets. Puis, le docteur mit le doigt sur un point qui le chagrinait un peu.
« Oui, mais au fait, vu qu’on est en prison, il me semble difficile de poursuivre la quête. Avez-vous un quelconque plan pour nous en sortir ?
- Pas le moins du monde, j’ai un peu étudié la question il est vrai, et malheureusement, la bâtisse remplit tout à fait son sinistre office. De fait, notre avenir peut, à moins d’un imprévu de dernière minute, prendre deux tours bien différents. La première hypothèse, sur laquelle je compte fort pour ne rien vous cacher, c’est que quelqu’un va venir nous délivrer, d’une manière ou d’une autre. J’ai quelques raisons de croire que cela va se produire, et si vous avez été attentifs à mon récit, la raison justifiant cette opinion a dû vous frapper aussi. Si tel n’est pas le cas, je me garderai bien de vous éclairer, de peur de renseigner aussi des oreilles indiscrètes. La seconde hypothèse, c’est que personne ne va venir nous délivrer, et que nous allons être traités très exactement comme n’importe quel espion en période de guerre.
- Horreur ! Vous pensez qu’ils vont venir nous prendre pour nous supplicier ? Nous navrer d’importance sur leurs chevalets ? Nous infliger le trepalium ? Nous tisonner le corps ? Nous écorcher ? Nous flageller ? Nous énucléer ? Nous mettre la poire d’angoisse dans la bouche ?
- Ce n’est pas là que ça se met, mais n’est pas impossible.
- Je ne parlerai pas, posa Toudot avec une virile assurance. Ils peuvent bien briser mon corps, je me rirai d’eux et de leurs instruments de torture, mais je ne parlerai pas !
- Je vous crois d’autant plus que de toute façon, vous ne savez rien de bien utile à l’ennemi.
- Je ne pense pas pouvoir promettre le silence, bredouilla Dizuiteurtrente, dont on devinait qu’il était blême.
- Moi par contre, dit Ange, je peux vous certifier avec la plus absolue certitude que je parlerai.
- Je n’en attendais pas moins de toi, mon cher compagnon.
- Et même, que je leur chanterai tout ce qu’ils veulent entendre, avec des larmes, des supplications et d’émouvants trémolos. Un vrai rossignol ! La vie de ma mère, la généalogie des souverains de Misène, le plan complet du quartier général de la guilde, le numéro de notre compte en banque, la vérité sur la chute du WTC7, l’âge de Vertu, la composition des formules miracles de Corbin, je dirai tout, TOUT ! Et son contraire s’ils veulent. C’est que je suis un peu douillet.
- Je ne suis pas encore assez vieille pour que mon âge soit un secret. Ce n’est pas vraiment toi qui a le plus à craindre du bourreau de toute façon, mais le docteur.
- Moi ?
- Eh bien oui, vous êtes le seul à savoir comment fonctionne cet espèce d’engin qui nous a amenés dans cette triste situation. Et à ce propos, je crois que je ne vous ai pas félicité pour vos exploits de pilote ! Bravo, bien visé.
- Merci, merci, mais je n’ai rien fait de bien...
- Non, mais ce que je voulais dire, pour quelqu’un qui n’avait jamais vu un appareil de ce genre avanty’a deux jours, je trouve que vous avez fait preuve d’une maîtrise tout à fait remarquable. Et on peut savoir d’où ça vous vient ?
- Eh bien... en fait je n’en sais rien. Non, sincèrement, les commandes étaient là, tout était logiquement arrangé. Ne vous est-il jamais arrivé d’être soudain confrontée à une situation où vous aviez l’impression d’être l’homme adéquat ? D’avoir très exactement les compétences idoines ? Eh bien moi, tantôt, j’eus cette impression. Le sentiment que j’étais enfin à ma place, occupé à faire ce pour quoi j’étais venu sur cette terre. C’est très singulier.
- Ah bon. Admettons. En tout cas, je vous taquinais tout à l’heure, je ne pense pas qu’ils prévoient de nous torturer.
- Ah, bon !
- Quand on veut interroger des espions, on évite de les mettre dans la même cellule, pour qu’ils ne puissent s’accorder sur une version unique de leur histoire. Non, soyez sans crainte mes amis, ils vont simplement nous exécuter.
- Glük !
- Eh bien quoi, c’est ça, la vie d’aventure ! Hardi, face au danger, haï-di-ho ! Ah ah ah ! »
Vertu parti d’un long rire nerveux, qui ne fut guère repris en écho. Sans doute avait-elle entendu de sa fine oreille le bruit lointain d’un verrou que l’on défonce, le fil d’une dague sur une vertèbre cervicale, le cliquetis d’hommes en armure se déplaçant avec autant de discrétion qu’il leur était possible. La lueur dansante d’une torche passa sous la porte, une clé tourna dans la serrure. Lorsqu’elle s’ouvrit, la clarté en devint presque aveuglante aux yeux affaiblis de nos héros, qui purent toutefois distinguer une silhouette dans l’encadrement.
« Tiens donc, n’avais-je pas raison ? Mes bons amis, l’exécution est repoussée à une date ultérieure, voici qu’on vient nous chercher.
- Par quel prodige saviez-vous que j’arrivais ?
- Evidemment, car je possède encore ce que tu convoites. Et comme tu as en outre bien besoin d’une bande de monte-en-l’air pour t’approprier la deuxième clé dans cette ville ennemie, tu n’avais d’autre choix que de venir nous secourir, si possible avant que l’on se fasse garrotter. Lorsque l’on est dans le besoin, n’est-il pas délectable de pouvoir compter sur l’indéfectible soutien de sa pire ennemie ?
- C’est bien le moment de faire de faire de l’esprit, vomit Condeezza. Sortons et allons donc chercher cette clé. »
Tags: la catin de baentcher
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