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La crise des subprimes expliquée par Cletus et Troy

Alors c'est Cletus qui va à la banque parce qu'il veut plus payer son loyer - d'ailleurs il a pas les moyens - et il préfère acheter sa baraque. La baraque elle coûte 50 000 dollars. Cletus, il a pas un rond devant lui, et il vit des 1000$ mensuels que lui rapportent l'aide sociale et quelques combines du genre élever des lapins dans le jardin. Cletus, c'est ce qu'on appelle un NINJA, No Income, No Job or Asset. Vous me direz, Cletus, c'est pas demain la veille qu'il va trouver un banquier pour acheter sa ruine.

Erreur !



Au contraire, Cletus est un excellent client pour une banque (comprenez, c'est un gros connard à qui on peut vendre n'importe quoi). Son banquier le voyant arriver avec sa gueule de raie se frotte les mains, il va pouvoir lui fourguer un prêt "subprime". C'est quoi ça veut dire ? C'est très simple : c'est un prêt immobilier classique, sauf que compte-tenu de la faible solvabilité du bonhomme, on peut lui appliquer un taux d'intérêt supérieur, en vertu du vieux principe qui veut que plus le risque est élevé, plus il doit être rémunéré. Donc, on lui donne du 10%. Il est content, Cletus, il est propriétaire ! Tout ce qu'il voit, c'est que ça ne lui coûte "que" 500$ par mois. C'est pas cher, et c'est des économies, c'est de l'épargne ! Evidemment, le banquier ne lui a pas expliqué que sur 500 $, il épargnait environ 100 $ et le reste partait dans les intérêts, directement dans la poche de la banque. au total, au bout de 16 ans, Cletus aura payé sa bicoque plus de 100 000$. Et vers la fin du crédit, en effet, sur les 500$ mensuels, l'essentiel sera constitué d'épargne.

Mais ça ne se produira jamais, car le banquier sait bien que Cletus n'aura pas les moyens de payer. Au bout de trois ou quatre ans, il va tirer la langue, ce couillon, et après avoir engraissé son banquier de 400$ par mois, tous les mois, il va avoir un défaut de paiement. Alors, on va le mettre en faillite, le Cletus, parce qu'aux USA, il existe la faillite personnelle. Du coup il s'en tire bien, puisqu'il perd tout, mais ne doit plus rien à personne (et vu qu'il n'avait rien avant de franchir le seuil de la banque, du coup, il n'a rien perdu si ce n'est trois ou quatre ans d'intérêt).

Et la banque non plus n'a rien perdu, puisqu'elle récupère un bien immobilier qui entre temps s'est apprécié, bien sûr, puisque l'immobilier, ça ne peut pas baisser, donc la bicoque à Cletus, elle vaut, mettons, 65 000$. Pour la banque, le bénéfice est de quatre ans d'intérêts (18 000$) plus 15 000$ de plus-value = 33 000 $, pour une mise de départ de 50 000$, soient du 66% sur 4 ans, ou 13,5% par an. Mieux, ces 50 000$, la banque n'a même pas à les sortir cash, puisque les banques centrales se font une joie de les leur prêter à 2% d'intérêt annuel. Inutile de dire que c'est un montage financier tout à fait juteux, à un petit détail près.

Le petit détail, c'est que les banques centrales, un jour, elles remontent leurs taux d'intérêt, sous prétexte que la monnaie ne vaut plus rien et que les investissements fuient le pays. Du coup, mécaniquement, les taux proposés par les banques à leurs clients augmentent, leur capacité d'emprunt diminue, donc il y a moins d'acheteurs qui sont moins riches. Et comme dans le même temps, avec l'euphorie immobilière, un nombre de biens considérables arrive sur le marché, du coup, les prix de l'immobilier s'effondrent (aux USA, bien sûr, ça ne risque pas d'arriver chez nous, car en plus de ses vertus anti-radioactives, la frontière Française est connue pour être étanche aux krachs immobiliers). Donc, il y a beaucoup de Cletus qui font faillite beaucoup plus vite que prévu, et tous en même temps, les cons ! Et là, c'est la merde, car si Cletus fait faillite en un an, il n'a versé que 5 000$ d'intérêts, et dans le même temps, sa cabane pouilleuse ne vaut plus que 30 000$ (et c'est déjà pas mal si on trouve un acheteur à ce prix). Du coup, la banque perd 15 000$ dans l'opération. -30% !



Bon, ne vous inquiétez pas trop pour les banques, elles ne vont pas faire faillite. Prenons le cas de Troy. Troy n'est pas du tout comme Cletus, c'est un orthodontiste de Tallahassee, ou un conseiller fiscal de Tucson, un ingénieur n'informaticien de San Francisco... bref, c'est un gars comme moi qui a plein d'argent et pas le temps de le dépenser. Un beau jour, Troy reçoit un coup de fil de son banquier, qui lui dit : "Hey, Troy, ça biche, la femme, les enfants, tout ça ? Eh, dis-donc, j'ai jeté un oeil à tes comptes là, t'es au courant que t'as 50 000$ en liquidités ou en placements pourris genre livret A à 3% ? C'est bien ballot, parce que moi, je t'aime bien, et j'ai un tout nouveau produit, quand j'ai vu la fiche, j'ai tout de suite pensé à toi : ça s'appelle "les fonds subprime" (dans la pratique, ça porterait plutôt un nom commercial du genre "Vivecia", "Gagno+" ou "Performance boost", inutile d'expliquer au client ce qu'il y a dedans). C'est un placement de tout repos ! Père de famille ! Mais c'est pour une clientèle spéciale, une clientèle privilégiée, et c'est pour ça que ça rapporte 6% par an !". Voilà qui est alléchant, surtout si on considère qu'il est bien difficile, de nos jours, de trouver un placement qui fasse plus de 4% l'an.

Jeu : si la banque vend à 6% ce qui lui rapporte 13,5%, où vont les 7,5% restant ?

Bref, dans la pratique, c'est Troy qui prête à Cletus de quoi se ruiner, et qui un beau jour se retrouve lui-même en slip, quand le fonds Vivecia est liquidé à 50% de sa valeur.

Résultat des courses :

Tags: couilles en or
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